La « catégorie 3 » de chiens dangereux n’existe pas en droit français. Seules les catégories 1 et 2, définies par l’article L211-12 du Code rural et l’arrêté du 27 avril 1999, encadrent les chiens dits dangereux. La confusion provient souvent de classifications étrangères ou des quatre niveaux de dangerosité utilisés lors de l’évaluation comportementale vétérinaire.
Cette distinction a des conséquences directes sur les obligations des propriétaires et sur les pouvoirs de l’administration face à un chien non catégorisé qui présente un risque.
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Évaluation comportementale vétérinaire : les 4 niveaux qui alimentent la confusion
L’amalgame entre « catégorie 3 » et classement légal vient principalement du système d’évaluation comportementale. Lorsqu’un vétérinaire évalue un chien sur demande du maire ou dans le cadre du permis de détention, il attribue un niveau de dangerosité allant de 1 (pas de danger particulier) à 4 (danger élevé).
Ce classement vétérinaire n’a rien à voir avec les catégories 1 et 2 de l’arrêté de 1999. Un chien de catégorie 2 au sens légal (Rottweiler inscrit au LOF, American Staffordshire Terrier inscrit au LOF) peut très bien obtenir un niveau 1 lors de son évaluation comportementale. À l’inverse, un chien d’aucune catégorie légale peut se voir attribuer un niveau 3 ou 4.
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Le niveau d’évaluation comportementale ne crée aucune obligation de catégorisation. Il déclenche en revanche des mesures individuelles : suivi vétérinaire renforcé, port de la muselière imposé par arrêté municipal, voire placement ou euthanasie en cas de niveau 4 avec danger avéré.

Chien non catégorisé et pouvoirs du maire : le vrai risque en 2026
Nous observons que la question la plus sous-estimée par les propriétaires concerne les chiens qui échappent aux catégories 1 et 2 mais qui présentent un gabarit ou un comportement préoccupant. L’American Bully en est l’exemple le plus médiatisé.
L’arrêté du 27 avril 1999 liste des types morphologiques précis. Un chien qui ne correspond pas à ces critères, même de grande taille ou de lignée molossoïde, n’entre dans aucune catégorie. Aucune obligation de permis de détention, pas de muselière systématique, pas de déclaration en mairie.
En revanche, le maire conserve un pouvoir de police générale sur tout animal dangereux, catégorisé ou non. L’article L211-11 du Code rural permet au maire d’ordonner une évaluation comportementale pour n’importe quel chien signalé comme menaçant. Si le danger grave et immédiat est caractérisé, le maire peut aller jusqu’à ordonner le placement, voire l’euthanasie, y compris pour un chien qui n’appartient à aucune catégorie.
Procédure concrète après signalement
- Le maire prend un arrêté de mise en demeure imposant au propriétaire de faire réaliser une évaluation comportementale par un vétérinaire inscrit sur la liste départementale.
- En fonction du niveau attribué (3 ou 4), le maire peut imposer des mesures contraignantes : muselière obligatoire, laisse courte, interdiction d’accès à certains lieux publics, stérilisation.
- En cas de non-respect des prescriptions ou de danger persistant, le préfet peut ordonner le placement en fourrière et, dans les cas les plus graves, l’euthanasie après avis vétérinaire.
Projet de catégorie 3 au Sénat : où en est le débat législatif ?
La question écrite déposée le 13 novembre 2025 par le sénateur Jean-Raymond Hugonet (Essonne) a relancé le sujet. Le texte pointe une « anomalie juridique » : des races émergentes comme l’American Bully échappent à l’arrêté de 1999, qui n’a pas été révisé depuis plus de 25 ans.
Aucun texte législatif ou réglementaire ne crée de catégorie 3 à ce jour. Le débat reste ouvert, mais les propriétaires de races non catégorisées ne sont soumis à aucune obligation spécifique liée à la catégorisation. Nous recommandons toutefois d’anticiper un éventuel durcissement en faisant réaliser une évaluation comportementale volontaire et en souscrivant une assurance responsabilité civile couvrant explicitement les dommages causés par l’animal.

Assurance et responsabilité civile : ce qui change selon la catégorie du chien
Pour les chiens de catégorie 1 et 2, l’assurance responsabilité civile spécifique est obligatoire. Le propriétaire doit présenter l’attestation lors de la demande de permis de détention en mairie. Sans ce document, le permis est refusé.
Pour un chien non catégorisé, la responsabilité civile classique incluse dans un contrat multirisque habitation couvre en théorie les dommages causés par l’animal. En pratique, certaines exclusions contractuelles limitent la prise en charge, notamment lorsque le chien a déjà fait l’objet d’un signalement ou d’une évaluation comportementale défavorable.
Points de vigilance dans le contrat d’assurance
- Vérifier que le contrat ne comporte pas de clause d’exclusion pour les chiens de type molossoïde ou de gabarit supérieur à un certain poids.
- S’assurer que la couverture s’étend aux dommages corporels causés à des tiers, y compris en cas de morsure sur la voie publique.
- Conserver le certificat d’évaluation comportementale : en cas de sinistre, l’assureur peut l’exiger pour valider la prise en charge.
La question de l’assurance devient plus aiguë si le législateur crée effectivement une catégorie 3. Les propriétaires de races aujourd’hui non catégorisées pourraient se retrouver dans l’obligation de souscrire une garantie dédiée, avec des primes sensiblement plus élevées que la responsabilité civile standard.
Le cadre réglementaire français autour des chiens dangereux repose sur un arrêté vieux de plus de 25 ans, et le décalage avec les races présentes sur le terrain crée une zone grise. Tant qu’aucune catégorie 3 n’est formalisée par décret, les obligations restent celles des catégories 1 et 2, mais les pouvoirs de police du maire s’appliquent à tout chien, quelle que soit sa race ou son apparence.

